Altro Mondo - Article n°2 - présentation du jeu 1/3 :

 

Le background

 

 

 

Bienvenue

Bienvenue dans les terres des baronnies !
Bienvenue dans un monde exsangue et à l'agonie.
Bienvenue dans un lieu où règne une ligue des magisters, la Magna Ligua Magister, toute puissante, qui décide de tout mais n'est officiellement responsable de rien.
Bienvenue dans un monde où la noblesse est réduite à prendre les armes et mourir à la guerre… et à comploter dans l'ombre.
Bienvenue dans un monde où les seuls choix qui vous sont donnés sont des choix imposés.

Après plus de deux cents cycles de guerre civile, les terres des baronnies sont exsangues. Les troubles et les combats ont provoqué la destruction ou l'épuisement de pratiquement toutes les ressources naturelles de terres autrefois riches et généreuses. Il est considéré comme de bon augure de voir un oiseau dans le ciel et cela n'arrive pas tous les cycles… même aujourd'hui, cinquante cycles après la fin de la guerre.

En plus d'avoir épuisé la terre, les guerres menées au nom d'un trône depuis longtemps disparu ont provoqué la chute définitive de la noblesse d’antan dont seuls quatre Hauts-barons sont les derniers dépositaires. Ce ne sont pas les quelques seigneurs et leurs chevaliers, derniers grands propriétaires aujourd'hui entièrement dédiés à la guerre, qui permettent d’espérer revoir l'âge d'or du Prince Armand.

Le reste de la population a vu mourir ses enfants dans les flammes ou dans les privations. Des groupes entiers ont tout simplement fondu comme neige au soleil. Les villages se sont regroupés pour survivre et les artisans d'avant ne sont plus aujourd'hui que des manutentionnaires. Qui a besoin de luxe et de raffinement quand tout manque ?

Un groupe a néanmoins profité de la période noire des baronnies, ce sont les magisters. En deux siècles, ils sont devenus les uniques dépositaires du savoir, de tout le savoir ! Les magisters construisent les machines, soignent, gèrent les biens, fabriquent les armes les plus puissantes et, surtout, sont les seuls maîtres des Lacrima Mundi, les larmes comme le peuple les appelle.
Ces créations issues des ateliers des technomagisters sont la seule source de pouvoir, de puissance et d'énergie autre que ce qui peut brûler dans les feux et les forges. Les larmes sont les gemmes qui permettent de construire les puissantes machines de guerre, d'actionner des mécanismes titanesques voire de faire fonctionner les mines. Les larmes, chargées de l'énergie du vivant, permettent tout cela mais au prix de l'énergie fondamentale, l'énergie du vivant elle-même. En deux cents cycles, la Magna Ligua Magister, la grande ligue des magisters, et ses Minor Ligua Magister, ses ligues de technomagisters, de cognomagisters, de curatomagisters et d'extractomagisters ont mis au pas la société des baronnies sans jamais assumer officiellement le pouvoir.

La guerre finie, l'énergie est venue à manquer et les magisters ont porté l'attention de l'Assemblée des Hauts-Barons vers l'est et les terres au-delà de la chaîne des glaces. Ces terres présumées fertiles et riches car aux mains de peuplades archaïques, les Estiens ou maraudeurs de l'Est comme on les appelle souvent, semblaient être un fruit mûr si facile à cueillir pour nourrir des baronnies à l'agonie… Mais les Estiens ne se laissent pas faire et la guerre si facile est devenue un bourbier qui demande encore plus d'hommes et de larmes… pour une campagne rapide qui dure finalement depuis quatre cycles.

De plus, d'étranges signes apparaissent ça et là, là où la Grisaille, le symptôme de la mort du vivant, s'est installée. Certaines zones des baronnies deviennent incultivables, les nuits commencent à s'allonger alors que la période des moissons n'est pas encore arrivée. D’aucuns parlent aussi de bruits et de raclements sortis du plus noir de la nuit. Et puis il y a ces personnes qui disparaissent sans laisser de traces … ou des flots de sang.

Mais les magisters n'en ont cure car ils travaillent sur une solution à tous leurs problèmes : le Passage ! Une voie ouverte entre les baronnies et l'Altro Mondo, un autre plan d'existence avec ses richesses à portée de main, un monde à conquérir et qui leur assurera la suprématie ici et là-bas. C'est cet autre monde qui vous tend les bras… et si vous n'êtes pas volontaire pour un voyage sans retour, ne vous inquiétez pas, un cognomagister vous désignera comme tel.

Respirez à fond, le voyage vers l'inconnu commence !

Auteur : Romuald Finet

Illustrateur : Zhy

 


 

 

Le chevalier Almond parcourait à grands pas le long couloir le menant vers la chambre de son vieux conseiller, Ereficius. Ce dernier avait attrapé la mal-mort et n’avait pas quitté sa couche depuis des semaines. Ses précieux conseils manquaient cruellement.

 

Sans frapper, il entra dans la chambre enténébrée. Une unique bougie brûlait paresseusement, jetant des ombres incertaines et creusant davantage les traits du vieil homme qui peinait à respirer. Il tenta bien de se redresser lorsque le chevalier s’approcha de lui, mais ce dernier l’apaisa en posant sa main ferrée sur son épaule.

 

  • « Calme, mon vieil ami. Tu as encore besoin d’un peu de repos à ce que je vois ! Mais tu vas mieux, c’est bien. Et je ne vais pas te déranger longtemps. »

 

Il mentait bien sûr. Sur toute la ligne. Le vieil homme était à l’agonie. Et Almond voulait des réponses à ses questions quelque soit le temps que cela prendrait.

 

  • « Eref’, il me faut tes conseils pour convaincre les technomagisters de me fournir les armes que je souhaite. Ils m’en demandent un prix exorbitant ! Vingt jeunes hommes et femmes pour, les Vents du Destin seuls savent quelle raison ! J’ai déjà à peine de quoi constituer mes unités ! Ils n’ont aucun sens des priorités : nous sommes en guerre avec les Estiens ! Une guerre qu’ils ont eux-mêmes déclenchée. Mais nous pourrions les vaincre si j’avais ces armes ! J’en suis certain ! Eref’, dis-moi quoi faire pour les convaincre. »

 

Le vieil homme tourna la tête. Ses yeux jaunes brûlaient de fièvre et ses lèvres étaient atrocement gercées. Son pâle sourire provoqua de nombreux saignements. Il y eut un gargouillis et un pénible raclement de gorge.

 

  • « Seigneur Almond, il faut négocier… Négocier… Jamais arrêter… » Ce n’était qu’un souffle rauque, à peine audible même dans le silence de la chambre. « Toujours… Vouloir… Le prix… Moins forts… Ils sont… Trop de besoins… »

 

Almond serra les dents. Il n’y comprenait rien et n’avait pas envie de perdre son temps à deviner. La patience n’était sûrement pas une vertu dans sa lignée. Il tirailla sur sa barbe pour se retenir de brusquer l’agonisant. Et il s’appliqua à écouter les élucubrations chuchotées.

 

Deux heures plus tard, il sortait de la chambre, le visage sombre. Ereficius n’avait fait que délirer, des mots sans suite, sans raison, sans rien de valable. Si sa carcasse bougeait encore, le vaillant et précieux conseiller était déjà bel et bien mort…

 

Il entra dans la pièce commune. Quatre hommes d’armes se levèrent d’un bloc. Almond fit un vague geste pour leur dire de se rasseoir et lui-même s’avachit sur un siège en bois dur. Une timide servante lui servit en tremblant un vin jaunâtre. De la pisse de bouc sûrement, pensa-t-il. Mais ça serait toujours ça après sa déception.

 

  • « Alors, Monseigneur…? » C’était un jeune et prometteur sergent qui venait de rompre le silence.

  • « Alors, rien… » s’entendit répondre Almond. « Rien parce que la sagesse d’Ereficius n’est plus… » Il se mit à boire à petites gorgées son vin. Pas si mauvais que ça, en fait.

  • « Alors, nous allons devoir donner les jeunes… ? » Cette fois, c’était un vieux soudard, maître des batailles, couturé de cicatrices.

  • « Nous n’avons pas le choix… Mais à quoi servent des armes si je n’ai plus personne pour les porter… » Il fit un geste pour que la servante le serve de nouveau. Ce petit vin suffirait bien à le saouler suffisamment pour ne plus penser aux technomagisters, aux Estiens et à ces fichues armes. Et il rendrait sûrement suffisamment appétissante la jeune servante pour quelques… La jeune servante… Une lueur venait de se faire dans son esprit.

  • « Dites-moi, mais le village de ce vieil Ereficius a toujours été exempté de la Taille, non ? Et cela sur ordre de mon défunt père en récompense pour son quasi-défunt conseiller ? Et une promesse d’un mort envers un mort ne peut lier les vivants, n’est-ce pas... ? » Il connaissait parfaitement les réponses. « Eh bien, je crois qu’il convient de rétablir les choses ! Moi, Chevalier Almond, je lève les exemptions et décide de saisir dès maintenant les jeunesses de ce village ! Rassemblez-moi tous les jeunes gars et filles sur la place. Nous aurons ces armes sans avoir à perdre nos troupes ! Et si j’en amène plus qu’il n’en faut, j’aurais peut-être même du surplus pour nos rangs ! »

 

Déjà ses hommes emmenaient la servante qui hurlait et pleurait. Le chevalier se saisit du pichet. Il ne fallait pas gâcher ce vin. Dehors, sa troupe était à l’œuvre et le silence du petit matin avait laissé place aux cris et aux pleurs. « Pourquoi pleurent-ils donc ? » Almond avala sa dernière gorgée, le regard sombre. « Ils vont servir les si grands intérêts de la Magna ligua magister… »

 

 

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